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Débattre à la loyale devant une foule en délire

p2p, tueur de culture?

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metasystem   Robin
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Date de fin :

Divers

10000 caractères

4.5 / 5

2012-08-29 00:31:38

2012-09-02 00:31:38


Robin, le jeudi 30 août 2012, en 1295 caractères.

Je vais parler uniquement du domaine que je connais un peu qui est celui de la musique et je vais entamer ce débat en illustrant mon propos par une blague :

C'est l'histoire d'un mec qui est en train de faire un cuni à une pute à 10 euros quand subitement il s'arrête et s'écrie : "Dis donc, ce ne sont pas des morpions ça ?" Et la pute lui répond : "Bah pour 10 euros tu n'aurais pas voulu des gambas quand même !"

Ainsi, le marché du disque en France représentait 617,2 millions d'euros en 2011 alors qu'il représentait 1 310 millions d'euros en 2006. Soit une chute de plus de 50 % sur les 5 dernières années. Et je n'ai pris que ces 5 dernières années, car le phénomène P2P a débuté avant 2006 et, par exemple, entre 2005 et 2006 il y avait déjà eu une baisse de 11 % des revenus de la musique enregistrée.

Je pense donc une chose très simple, quand vous injectez 100 euros dans quelque domaine que ce soit, vous en obtiendrez plus que si vous y injectez 50 euros. Un restaurant à 20 euros est meilleur qu'un kebab à 5 euros, et une pute à 10 euros ne vous sert pas des gambas.

C'est un point de vue objectif car il me parait vraiment difficile de parler d'appauvrissement culturel sans faire dans la subjectivité. Difficile de dire si Lady Gaga vaut mieux ou moins bien que Madonna par exemple.

metasystem, le vendredi 31 août 2012, en 1610 caractères.

Appauvrissement culturel est un terme intéressant. Mais le problème est plus sur une trop grande offre culturel au final. C'est justement là le soucis. L'industrie médiathique de manière générale fonctionne exactement comme l'industrie classique, à savoir surproduction / surconsommation.

En tant qu'artiste, vous devez savoir que se présenter face à l'offre devient de plus en plus difficile. Que ce soit en musique, cinéma ou musique... C'est une critique que font beaucoup d'artiste de manière générale et certains en sont venus à prendre le pli de décaller leurs sorties pour éviter de tomber en même temps que d'autres dans le même credo culturel.

Pour ce qui est de la musique, de manière générale, depuis ces ~ 40 dernières années, on à jamais eu autant d'offre. Les gens sont peut-être aussi tout simplement lassés de bouffer de la musique populaire. Ça pourrait même expliquer le retour en force du Jazz (via les chanteuses lounge type mélodie gardo, norah Jones, Diana Krall) ou du manouche , du funk, etc... Des musiques, pourtant pas spécialement dites "populaires".

Pour ce qui est du p2p, recontextualisons en se rappelant les origines avec Napster:

"Napster était à l'origine un service P2P destiné uniquement à l'échange de fichiers musicaux créé par Shawn Fanning, alors qu'il était encore à la Northeastern University de Boston, et Sean Parker. Le service original a fonctionné entre juin 1999 et juillet 2001" (cf: wikipedia)

et oui, le p2p est même bien plus ancien qu'on le pense, souvenez-vous de la foire que ça avait fait à l'époque... Et entre napster et emule, il y en à eu bien d'autre...

Robin, le samedi 01 septembre 2012, en 2171 caractères.

Ok, mais je ne vois pas bien le rapport entre la surproduction culturelle et le sujet "P2P, tueur de culture ?". Comme tu l'as dit, l'offre est énorme depuis 40 ans et le P2P a débuté il y a une dizaine d'années.

Pour en revenir à la musique, j'entends parfois dire "Le P2P n'empèche pas Universal de se faire des milliards". C'est vrai ! Mais ce n'est pas Universal qui souffre du téléchargement illégal, ils continuent à engranger de grosses recettes avec les artistes les plus rentables de leur catalogue, mais ce sont les moins rentables qui se font virer.

En fait, les grosses maisons de disque ont presque toutes la même politique qui consiste à avoir, en gros, 2 catégories d'artistes. Ceux qui rapportent gros, Lady Gaga, Rihanna et compagnie, et ceux qui rapportent beaucoup moins mais qui apportent au label une image de respectabilité. Et certains artistes étaient même parfois signés à perte. Ils coutaient de l'argent à la maison de disque mais cela faisait "pointu" d'avoir tel groupe de jazz, tel artiste world music ou groupe de rock experimental sur leur catalogue. Avec la chute de plus de 50 % du marché du disque, les gros labels se sont reconcentrés sur les gros vendeurs et on laché du leste. Le leste ce sont les petits artistes "pointus".

Par conséquent, ce phénomène a tendance à gommer les aspérités, on prend moins de risque, on signe ce qui passe bien, ce qu'on sait que le public aime déjà. Et ce qui sort est de plus en plus lisse, de moins en moins original, de plus en plus uniformisé. Et tout comme tu parlais de la surproduction dans l'industrie médiatique qui va de paire avec la suproduction de l'industrie en générale, là il y a une tendance à l'uniformisation qui va de paire avec cette l'uniformisation du monde en général. Les mêmes marques, les mêmes hotels, les mêmes boutiques dans toutes les villes de France et du monde. Les mêmes artistes (la plupart du temps américains) écoutés par toutes les jeunesses du monde qui adoptent les mêmes looks etc. En gros, un peu partout, on porte un jean Levi's, on va manger au mac do en buvant du coca cola et en écoutant du Red Hot Chili Peppers. Mais bon, là je déborde sur un autre sujet.

metasystem, le samedi 01 septembre 2012, en 3628 caractères.

Effectivement, ne virons pas sur une stigmatisation (sous)culturelle.

Actuellement, il existe 4 vecteurs de la dépression médiatique:

  1. La crise économique (qui prend source en 1998 et non pas comme on pense en 2008, via les subprimes)
  2. L'inflation due au système économique (n'oublions pas qu'entre 1885 et 2010 le $ à perdu 99.99% de sa valeur originelle)
  3. le "partage" (et j'insiste bien sur le terme partage, vu qu'avant le p2p on échangeait avec des DD-externe, des DVD de mp3 ou même des CD-A, j'ai commencé à graver mes CD en 1997)
  4. l'uniformisation du style musical et sa sans doute trop grande "stigmatisation" qui est à mon avis une source de cercle vicieux. On stigmatise la musique, les gens se stigmatisent, on stigmatise encore plus la musique, etc... etc...

N'oublions pas aussi tous les courants musicaux qui ont été surexploités (rock,pop,punk,metal,electro,rap, tous quoi en fait...) qui ont poussé les vrai fidèles dans leurs retranchements en se ré-orientant vers une source plus proche de la production originale (exempt de pressage, de prod et de distrib).

Bon, nous exploitons pour le moment le filon de la musique, mais les autres valeurs culturelles peuvent êtres concernées. Alias >>> la peinture, la sculpture, l'architecture, la danse et la littérature...

Aucun de ces arts n'est directement concerné par le p2p de façon néfaste... Le premier étant un art graphique statique limitatif à une zone contrainte (alias musées, expo, etc...) les deux suivants nécessitant une vision 3d dynamique avec une profondeur réelle que l'écran n'apporte pas et qui, bizarrement (contrairement à leur nature statique) se visualisent surtout dans un cadre dynamique. La danse, quand à elle souffre de son portage dans l'audio-visuel (due aux effets de lumière de couleur que les caméras actuelles peuvent difficilement rendre à leur honneur). Le dernier est un cas à part, car littéralement porté dans le web2.0 via des géants comme Amazon, ils forcent les éditeurs à s'acquitter des versions numériques en plus des versions papier pour garder leurs contrats de distribution. Les éditeurs étant toujours les décisionnaires des prix de vente comme celà l'à toujours été.

J'admet, qu'au final, dans le contexte socio-culturel occidental, nous ne laissons qu'une part mineur à ces parties de l'art (qui ne sont elles-mêmes qu'une partie de la culture). Encore même, la musique classique et le jazz étant depuis l'apparition du CD et l'avènement de la musique populaire devenus marginaux dans le cadre contextuel musical actuel. Je ne pense pas qu'ils souffrent réellement du p2p. N'oublions pas que ni l'un, ni l'autre ne prône l'écoute transposée, mais plutôt l'instantané du concert, la dynamique de l'acoustique d'une salle, etc...

Soit, je cloture cette aparté en ré-induisant le contexte global, n'est-ce pas plutôt à l'industrie du disque (de manière générale CD,DVD,BDR) que le p2p fait du mal? Ne dois-t-on pas reprocher plus aux majors la marginalisation des petits artistes à cause de leur "guerre sainte" face au réseau d'échange du p2p?

Ne devons-nous pas nous poser la question si, ce qui est si bon en terme de technique pur (libération de la bande passante pour les FAI, les serveurs via l'optimisation des flux par essaim, augmentation phénoménale de la rétention des fichiers, augmentation de la vitesse symétrique, etc...) ne pourrait pas l'être aussi en terme de "dynamique structurelle d'échange" pour la culture pour l'entrée dans le XXIème siècle? Ou doit on se référrer à un système moribond (celui des majors du multimédia) et tuer une source potentiellement illimité d'apport informatif, libertaire et créateur?

Robin, le samedi 01 septembre 2012, en 3005 caractères.

J'i bien prêché le "oui, le P2P est un tueur de culture", je vais donc mettre un peu d'eau dans mon vin et relativiser mon point de vue.

Déjà, en effet, il n'y a pas que la musique et à priori les autres formes de culture ne sont pas touchées par le P2P. D'abord, la plupart des arts que tu as cités ne se téléchargent tout simplement pas. Que télécharge t'on en fait ? De la musique, des films et quelques fois des ebooks. Pour les livres numériques, c'est assez marginal et je trouve personnellement que lire sur un écran est fatiguant et ne vaut vraiment pas le papier. A priori je ne suis pas le seul car le marché du livre se porte parait il très bien. Le cinéma est donc le deuxième secteur qui pourrait être touché financièrement. Pourtant les ventes de DVD sont stables et la fréquentation des cinémas a même augmenté ces dernières années. C'est pourquoi quand on parle des effets négatifs du P2P on parle essentiellement de la musique.

J'en reviens donc à la musique, comme je le disais les majors s'en sortent dans cette histoire, par contre ce sont les petits sous labels et les petites maisons de disque qui sont nombreuses à avoir mis la clé sous la porte. Mais tout n'est pas noir, si il est vrai que je pense que les artistes qui ont la chance d'avoir une médiatisation leur permettant de toucher la plupart des gens sont de plus en plus lisses, le téléchargement permet aussi à quelques artistes d'avoir encore plus de fans, de court-circuiter les maisons de disque et les réseaux de distribution et de vivre des concerts, c'est à dire de leur vrai métier qui est finalement de jouer de la musique, pas juste de toucher des royalties. Ainsi, je pense à un groupe comme Radiohead qui distribue ses albums gratuitement sur internet et qui s'en sort très bien.

Enfin, il n'y a pas que le P2P, il y a également des sites comme Youtube ou Deezer et internet en général qui sont un formidable support pour faire connaitre de tout petits artistes. Et pour les mélomanes explorateurs en quète d'inconnus prometteurs, des sites comme Jamendo permettent de découvrir gratuitement des milliers de musiques originales.

Pour conclure et en revenir à ma thèse de départ, j'aimerais aborder le cas des sites comme MyMajorCompany. Ils sont intéressants car en y naviguant on peut découvrir des choses sympas, mais qu'est ce qui en sort finalement ? Grégoire, Irma, Joyce Jonathan... Je ne déteste pas mais c'est vraiment très lisse. On peut dire qu'internet a fait connaitre ces artistes, mais le procédé lui même fait que ce sont des artistes sans aspérité. En effet, il s'agit de choses choisies par le plus grand nombre dés les premières écoutes. C'est en quelque sorte de la musique démagogique, on aime bien car ça ressemble à ce qu'on aimait déjà bien. Je pense que la nouveauté, l'originalité, dérange presque toujours aux premières écoutes, et c'est parce qu'une maison de disque a les moyens de le promouvoir et de l'imposer que le plus grand nombre finit par en percevoir tout le talent et l'adorer.


Notation :


Vous êtes plutôt d'accord avec ?
metasystem 1 - 2 Robin
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